Les six piliers de la souveraineté numérique
Alors que le Salon Souveraineté Numérique s’annonce comme l’un des principaux temps forts de la fin du premier semestre 2026, il nous a semblé pertinent de revenir sur les piliers de la souveraineté numérique. Nous avons pour cela mis à contribution deux sponsors de l’événement : cegedim.cloud et Free Pro.
Localisation des données, maîtrise des dépendances et gouvernance des usages en constituent les principaux axes structurants. Les échanges menés avec cegedim.cloud et Free Pro permettent d’en proposer une lecture articulée autour de six leviers opérationnels.
1. Maîtriser la donnée, fondement de toute autonomie stratégique
Toute démarche d’autonomie numérique commence par une connaissance précise des données manipulées par l’organisation. Localisation, accès et cadre juridique déterminent les choix d’architecture et encadrent les décisions stratégiques. « La souveraineté correspond à la capacité à maîtriser son destin, et cela passe d’abord par la donnée. Le premier sujet concerne le lieu de stockage physique, mais aussi les conditions d’accès et la réglementation applicable. L’enjeu consiste à développer des plateformes opérées dans un cadre européen et français, soumises à des règles strictes, afin de garantir l’autonomie la plus importante et la plus stratégique pour protéger ces informations », déclare Albéric Mulliez, Directeur Solutions et Services chez Free Pro.
La gouvernance de la donnée s’inscrit également dans une logique de gestion du risque et de responsabilité stratégique. Cette maîtrise suppose un pilotage constant des fournisseurs et des interfaces impliquées dans la chaîne de traitement. « La souveraineté renvoie à une responsabilité basique du dirigeant, qui est la maîtrise du risque. Elle consiste à s’assurer que nous restons maître des données vitales exploitées au quotidien. Cela implique de vérifier que les fournisseurs, les traitements et les interfaces permettent de conserver cette maîtrise sur toute la chaîne de valeur », complète Arthur Danger, Directeur commercial de cegedim.cloud.
2. Garder la main sur les dépendances technologiques
Une fois les données identifiées et localisées, la question des dépendances devient centrale. La résilience repose sur la capacité à arbitrer entre fournisseurs et technologies dans une logique de continuité d’activité. « Nous devons maîtriser la supply chain et vérifier que, sur toute la chaîne de valeur, les fournisseurs et les technologies permettent de rester maîtres de la donnée et de son exploitation. L’indépendance se regarde à chaque couche : capitalistique, technologique et opérationnelle. Un provider peut être local aujourd’hui et intégré demain dans une stack étrangère, ce qui modifie immédiatement la dépendance », affirme Arthur Danger.
La gestion des dépendances relève également d’un travail d’arbitrage opérationnel. Les choix se construisent à partir d’une analyse de risques et d’une segmentation des usages, afin de concilier exigences de sécurité et contraintes économiques. « Nous classons les données et les applications pour adapter le niveau de contrainte et d’hébergement à leur criticité. Il existe une réalité économique et opérationnelle qui impose des compromis. Notre rôle consiste à accompagner les organisations vers le niveau de protection le plus pertinent, tout en maintenant la capacité d’ajuster les choix dans le temps », estime Albéric Mulliez.
3. Transformer la conformité en levier de crédibilité
Les exigences réglementaires et de certification structurent désormais les processus d’achat et les critères d’évaluation des prestataires. Elles interviennent dès l’amont des consultations et conditionnent l’accès même aux appels d’offres. « Les questions de localisation, de certifications et de procédures arrivent désormais en tête des consultations. La capacité à répondre à ces exigences juridiques et de sécurité constitue le point d’entrée d’un dossier, avant même les considérations techniques. Les clients attendent des garanties sur les référentiels, les normes et les processus. Ces éléments conditionnent la crédibilité et la compétitivité dans les appels d’offres. D’ailleurs, une organisation sur deux a déjà écarté une solution IT en raison de préoccupations liées à la souveraineté », analyse Albéric Mulliez.
L’intégration de ces exigences dans les processus internes s’inscrit dans une trajectoire de maturation organisationnelle. La conformité devient progressivement un élément constitutif du fonctionnement quotidien. « L’intégration des contraintes réglementaires dans les processus opérationnels constitue un travail de long terme. Dans des secteurs très régulés, la conformité finit par devenir une composante du fonctionnement quotidien et un facteur de crédibilité. Cette maturation permet de transformer des obligations en éléments structurants de l’activité et en avantages dans la relation avec les clients », indique Arthur Danger.
4. S’appuyer sur une capacité industrielle européenne
La question de l’autonomie technologique renvoie à l’existence d’un tissu industriel capable d’héberger, d’exploiter et de sécuriser des données sensibles dans un cadre maîtrisé. La capacité d’investissement oriente l’émergence d’alternatives crédibles aux offres dominantes. « Le secteur public dispose d’une capacité d’investissement qui peut permettre de franchir des caps d’industrialisation et d’accompagner l’émergence d’acteurs capables d’opérer des infrastructures à grande échelle. Aujourd’hui, une grande partie des données se retrouve encore chez des providers américains, ce qui interroge sur les choix effectués et sur la nécessité de soutenir davantage les acteurs capables d’offrir des alternatives locales », explique Arthur Danger.
La solidité de cette base industrielle se mesure également à la capacité des plateformes à opérer dans un cadre réglementaire européen et à répondre à des exigences de performance variées. La diversité des niveaux de criticité traités illustre la maturité des infrastructures européennes. « Le développement de plateformes opérées en Europe et soumises aux réglementations françaises et européennes constitue un élément déterminant pour garantir l’autonomie des organisations. La capacité à héberger des services allant de la très petite entreprise à des institutions sensibles témoigne de la nécessité d’une base industrielle capable de répondre à des niveaux d’exigence variés », note Albéric Mulliez.
5. Préserver interopérabilité et réversibilité des choix
La recherche d’autonomie ne se traduit pas par une fermeture des architectures. Les systèmes s’inscrivent dans un existant qu’il convient d’intégrer sans créer d’enfermement. « La souveraineté doit rester compatible avec l’ouverture et la réversibilité des choix. Les organisations ne partent jamais d’une feuille blanche et conservent des outils historiques. La capacité à sortir d’une solution, à maintenir l’interopérabilité et à éviter l’enfermement constitue un élément déterminant pour assurer la viabilité des architectures et permettre l’évolution des systèmes dans le temps », observe Albéric Mulliez.
La complexification des architectures et l’empilement des couches techniques renforcent la nécessité de conserver une faculté d’adaptation. L’agilité technologique conditionne la capacité à ajuster les choix face aux évolutions du marché. « L’accumulation des couches techniques crée un environnement complexe dans lequel chaque ajout réduit la capacité de maîtrise globale. L’architecture devient un empilement de briques dont la gouvernance nécessite de conserver une agilité et une faculté d’ajustement. La souveraineté repose ainsi sur la capacité à adapter les choix techniques face aux évolutions du marché et des technologies », déclare Arthur Danger.
6. Ancrer la souveraineté dans les usages et les pratiques internes
Les dispositifs techniques et les architectures sécurisées ne produisent leurs effets que si les pratiques quotidiennes s’alignent sur les politiques définies. La formation et la sensibilisation conditionnent la cohérence entre cadre technique et usages réels. « La confiance ne se limite pas à l’infrastructure. Les usages des collaborateurs peuvent contourner les dispositifs si l’accompagnement n’est pas assuré. La diffusion d’outils grand public et l’absence de formation créent des écarts entre les politiques définies et les pratiques réelles. La maîtrise passe donc par un travail continu de sensibilisation, de formation et de pilotage des usages », constate Albéric Mulliez.
La structuration des pratiques internes s’inscrit dans une trajectoire de maturité progressive. L’intégration durable des exigences dans les processus opérationnels consolide cette montée en maturité. « L’intégration des contraintes dans les processus opérationnels transforme progressivement les pratiques et permet d’atteindre un niveau de maturité suffisant. Cette appropriation dans le temps permet d’inscrire la gestion des données et des risques dans le fonctionnement courant de l’organisation et d’en faire un élément structurant de son activité », conclut Arthur Danger.
Ces six piliers dessinent une trajectoire concrète plus qu’un principe abstrait. Maîtrise de la donnée, gestion des dépendances, conformité, capacité industrielle, interopérabilité et pratiques internes forment un ensemble cohérent d’arbitrages à conduire dans la durée. Pris isolément, chacun reste partiel. Articulés entre eux, ils offrent aux organisations une base opérationnelle pour structurer leurs choix technologiques et renforcer leur marge de manœuvre.
Les équipes du Salon Souveraineté Numérique