Pourquoi la souveraineté numérique stimule l’innovation plutôt que de la freiner
L’idée que la souveraineté numérique pourrait entraver l’innovation a émergé dans le débat sur la souveraineté numérique non parce qu’elle est fondée, mais parce qu’elle a été formulée de manière suffisamment ambiguë pour qu’elle résonne auprès de chacun.
Cette critique a prospéré sans jamais être précisément définie. Parle-t-on d’innovation produit, d’innovation de plateforme, d’innovation d’usage ou d’innovation organisationnelle ? En laissant cette question intentionnellement floue, ce discours a permis à une variété d’acteurs de projeter leurs propres craintes.
Cette tendance est également observable en cybersécurité. Des éditeurs européens ont conçu des solutions axées sur la traçabilité, l’audit et la maîtrise des chaînes de confiance pour répondre aux besoins des secteurs réglementés. Ces innovations ne consistent pas en l’ajout de fonctionnalités éblouissantes, mais en la capacité à intégrer la sécurité au cœur des processus métier et des architectures existantes. L’exigence de souveraineté se transforme alors en un catalyseur pour l’ingénierie, incitant à développer des solutions plus flexibles et plus transparentes.
En ce qui concerne les entreprises clientes, il est clair que la relation entre souveraineté et innovation existe également. Les organisations qui dépendent de systèmes propriétaires strictement contrôlés par des tiers constatent souvent des difficultés à expérimenter en dehors des cadres définis par l’éditeur. L’intégration de nouvelles briques, l’adaptation des processus ou l’évolution des modèles de données deviennent coûteuses et lentes. Au contraire, des architectures flexibles et réversibles permettent aux DSI et aux départements métier de réassembler et d’expérimenter. L’innovation ne réside plus dans la plateforme elle-même, mais dans la manière dont l’organisation combine ses outils.
Ce déplacement de l’innovation est crucial. Il démontre que la souveraineté ne limite pas la capacité d’innover, mais qu’elle la redistribue. L’innovation s’éloigne du périmètre du fournisseur dominant pour se diffuser dans l’écosystème, puis au sein des entreprises elles-mêmes. Les directions métier peuvent alors adapter les outils à leurs contraintes opérationnelles, tester de nouveaux usages et faire évoluer les processus sans attendre une hypothétique mise à jour standardisée.
La critique selon laquelle la souveraineté freinerait l’innovation apparaît ainsi pour ce qu’elle est : un raccourci commode, nourri par une confusion volontaire entre vitesse de diffusion et capacité d’invention. En réalité, la souveraineté introduit des exigences supplémentaires, mais elle ouvre aussi un espace d’innovation plus distribué, plus contextuel et plus près des besoins de terrain des organisations.
Dans ce contexte, le Salon de la Souveraineté Numérique sert une fonction spécifique. Il ne s’agit pas d’opposer l’innovation à la souveraineté, mais de montrer comment cette dernière redéfinit les conditions de l’innovation, côté fournisseurs comme côté utilisateurs. En rendant visibles des solutions, des architectures et des retours d’expérience qui contredisent l’idée reçue, le salon contribue à recentrer le débat, du registre idéologique vers celui des faits et des usages. C’est dans ce mouvement que la crédibilité de la souveraineté numérique comme catalyseur d’innovation durable se joue aujourd’hui.
Le 30 juin et le 1er juillet : un espace pour débattre ensemble
Mourad Krim, rédacteur en chef, IT SOCIAL — pour le Salon Souveraineté Numérique