En 2026, la souveraineté numérique n’est plus un sujet de niche : c’est un enjeu stratégique majeur. Mais pour l’aborder sereinement, un mot s’impose : humilité. Humilité face à la complexité technique.
Humilité face aux interdépendances économiques. Humilité, enfin, face à la nécessité d’avancer collectivement, sans dogmatisme.
C’est précisément cette posture que défend l’Institut du Numérique Responsable (INR), partenaire du Salon Souveraineté Numérique.
L’INR : un do‑tank de terrain, pas un prescripteur de dogmes
« Nous sommes do‑tank, un collectif de bâtisseurs d’un numérique plus responsable », résume son président bénévole, Richard Bury. C’est un espace où se rencontrent entreprises, collectivités, universités, associations et experts pour construire des pratiques numériques plus sobres, plus inclusives, plus résilientes.
Avec plus de 150 membres actifs et une charte signée par plus de 1 000 organisations, l’institut fonctionne comme un carrefour. On y croise des DSI de grands groupes, des ESN, PME, des collectivités ainsi que des enseignants chercheurs. Tous n’ont pas les mêmes contraintes, ni les mêmes priorités, ni les mêmes maturités. Mais tous partagent une même réalité : la dépendance technologique est devenue un risque opérationnel.
« La souveraineté rejoint les enjeux de responsabilité, cœur de l’INR », explique son président. L’institut intègre déjà la souveraineté dans ses cinq axes structurants — notamment la résilience — ainsi que dans ses labels NR, sa charte d’IA responsable, ses formations et son nouveau référentiel low‑tech, conçu pour articuler sobriété, souveraineté et robustesse.
Ce qui a fait basculer la prise de conscience
Pendant longtemps, la souveraineté numérique a été perçue comme un sujet idéologique, voire militant. Puis plusieurs événements ont agi comme des révélateurs, transformant une inquiétude diffuse en préoccupation centrale.
Le “kill switch” transatlantique
Des organisations européennes se sont retrouvées, du jour au lendemain, privées de messagerie ou d’outils critiques à cause d’une décision prise hors de leur juridiction. Ce n’était plus un scénario de conférence : c’était réel. Pour beaucoup, ce fut un choc. Une démonstration brutale de la fragilité de nos dépendances.
Le traumatisme Broadcom/VMware
L’acquisition de VMware et les changements contractuels imposés ont été vécus comme un chantage commercial. Pour de nombreuses DSI, cet épisode a marqué un avant et un après.
Une fuite économique vertigineuse
Chaque année, 285 milliards d’euros de dépenses numériques européennes partent vers les États‑Unis. En 2030, ce pourrait être 500 milliards. Ce n’est plus seulement un enjeu de souveraineté : c’est un enjeu de compétitivité et d’appauvrissement de l’écosystème local.
Les “boîtes noires” du cloud et de l’IA
Cloud, IA, chaînes logicielles, modèles propriétaires… Plus les systèmes deviennent sophistiqués, plus les dépendances deviennent invisibles — et donc dangereuses. Risques cyber, aspiration de données, opacité du mix carbone : la perte de maîtrise est multiple.
Numérique responsable et souveraineté : deux trajectoires parallèles…
Avec un même point de départ, réduire son importance à de l’idéologie. Le numérique responsable comme la souveraineté numérique ont longtemps été perçues comme des sujets militants.
Le numérique responsable s’est imposé lorsqu’il a démontré qu’il permettait également de réduire les coûts. « Tout ce qu’on a fait en numérique responsable permet de gagner de l’argent », souligne le président de l’INR.
La souveraineté suit la même dynamique : les organisations comprennent que la dépendance coûte cher — en argent, en risques, en agilité. Pour avancer, l’INR considère qu’un cadre commun est essentiel. Référentiels, labels, formations, outils d’évaluation… L’INR travaille déjà à intégrer la souveraineté dans ses démarches.
Par ailleurs, l’enjeu majeur sur les deux sujets reste l’éducation et la formation. « Si vos développeurs sont formés uniquement sur les plateformes AWS, il y a de grandes chances qu’ils demandent à travailler durablement dessus par la suite… » constate Richard Bury.
…mais des différences qui obligent à rester lucides
C’est ici que l’humilité devient indispensable. Car si les trajectoires se ressemblent, les obstacles ne sont pas les mêmes. La notion de ROI diverge lorsqu’il est question de souveraineté numérique. Il est très difficile de mesurer des indicateurs concrets de limitation des dépendances, et encore plus difficile de prouver qu’elles amènent une rentabilité.
A l’inverse, les premières expérimentations ne se sont pas toujours soldées par des francs succès, notamment car elles touchent à des systèmes critiques par essence. Par exemple, certaines tentatives de passer à OpenOffice à l’échelle ont échoué car “Excel est le vrai SI critique pour les utilisateurs”. Derrière un tableur, il y avait des milliers de macros, d’automatisations, de dépendances… Un investissement très lourd en conduite de changement sans garantie de succès.
Le chantier souveraineté : pas un slogan, une méthode
L’objectif de l’INR est de fournir des outils concrets pour aider chaque organisation à progresser selon ses contraintes, ses risques, ses ambitions.
La souveraineté numérique ne gagnera pas par injonction. Elle ne gagnera pas par culpabilisation. Elle ne gagnera pas par discours. Elle gagnera le jour où les solutions souveraines fonctionneront au moins aussi bien que les autres. Le jour où elles seront désirables, performantes, intégrées, ergonomiques. Le jour où elles deviendront un choix naturel, pas un acte militant.
« Parce que la souveraineté numérique n’est pas un slogan. C’est un chantier. Et c’est ensemble que nous pourrons le mener », conclut le président de l’INR.
Le salon Souveraineté Numérique sera l’occasion de poursuivre ce travail collectif. De confronter les points de vue sans s’affronter. D’explorer les dépendances sans culpabiliser. Au travers de parcours thématiques, le salon s’efforcera d’aborder tous les thèmes et de confronter les points de vue sur des thèmes allant de la géopolitique à la commande publique en passant par l’open source ou encore la régulation.




